Mesdames et Messieurs les conseillers municipaux,
Lors du conseil municipal du 9 décembre 2010, un des points de l’ordre du jour avait pour objet le marché pour la gestion de la restauration scolaire. Suite au départ de la responsable de la cantine centrale, l’objectif de ce marché est de mettre en place un chef de la restauration qui assurera également la gestion administrative du service. Vous avez voté ce projet à l’unanimité « sans autre forme de procès ».
Actuellement, les repas de la cantine sont préparés dans une cuisine centrale, à l’école maternelle. Les repas sont servis dans les deux écoles maternelle et primaire. Six titulaires et une personne en CDD préparent, servent et s’occupent de l’entretien des locaux. Le service est de qualité, même si des améliorations peuvent être apportées. Cette année, une commission fonctionne pour l’élaboration de menus adaptés, avec des produits de saison issus de l’agriculture raisonnée (produits fournis par une société de Gonfaron Nat’Appro). Depuis environ un an, les pâtisseries sont faites sur place.
A Pont-du-Loup, les repas sont livrés par une société de restauration collective privée. Il en est de même pour la halte- garderie et le centre de loisirs fonctionnant au sein des écoles le mercredi et les vacances scolaires.
L’ article du Nice-Matin du 5 novembre 2010, «Ils préfèrent manger à la cantine » souligne le bon fonctionnement de notre cantine où tout est cuisiné sur place avec des produits frais.
Juste après cet article, l’équipe a rencontré des problèmes de personnel, que vous connaissez, et a dû faire face à des changements d’organisation à la demande de Monsieur le Maire.
Si la procédure d’appel d’offre est finalisée, le risque «d’externaliser» le service est très grand. Les explications de vote données par Monsieur le Maire et Monsieur le premier adjoint faisaient comprendre qu’il s’agissait de privatiser la cuisine centrale : ils projettent de la voir fonctionner avec trois personnes pour les trois écoles (maternelle, primaire et Pont-du-Loup). Ils ont même laissé entendre que la halte-garderie pourrait en bénéficier.
Vous-même, mesdames et messieurs les conseilleurs municipaux avez posé quelques questions à cette annonce :
- le personnel en place sera t-il embauché par l’entreprise retenue ?
- les trois personnes pourront-elles assurer la même qualité de service que les titulaires actuelles sur trois écoles, plus éventuellement la halte-garderie ?
- le nouveau système permettra t-il l’introduction du « bio » ?
- la halte-garderie pourra t-elle vraiment être concernée, les repas devant être vraiment adaptés aux tous-petits ?
Monsieur le Maire et monsieur le premier adjoint ont mis en avant ces arguments :
- l’entreprise pourrait embaucher les personnels en place ;
- trois personnes permettront un meilleur service car elle dépendront d’une direction (geste suggestif de monsieur le Maire, poing serré et tour de vis…) ;
- le bio peut faire partie du cahier des charges de manière ponctuelle, l’introduction du bio étant jugée trop chère. Le repas revient aux familles 3,10 euros en moyenne. Le service revient à la Mairie, 1,5 million d’euros par an.
Pourquoi sommes-nous méfiants sur ce projet ?
1 – Les services communaux permettent d’assurer la même qualité de service pour tous les administrés de la commune ; dans les communes où une réflexion démocratique est entamée, on revient de plus en plus vers des services municipaux, comme par exemple la régie de l’eau.
2 – Si la cuisine centrale fournit la halte-garderie et « nos anciens » elle devra fonctionner le mercredi et pendant les vacances scolaires. Actuellement, pendant ces périodes, la cuisine centrale n’est pas en activité. De plus, La cuisine centrale de la maternelle a t-elle vraiment la capacité « technique » de fournir plus de 300 repas par jour ?
Monsieur le Maire a t-il bien étudié la faisabilité de son projet ?
3 – La première vocation d’une entreprise privée est de faire du bénéfice et le plus souvent sur le dos des usagers. Comment envisager qu’un service fonctionnant avec moins de personnes va être plus efficace sur trois écoles (la maternelle, la primaire et Pont-du-Loup, sans parler de la halte-garderie et de « nos anciens ») ?
4 – Quel avenir pour les six titulaires en place ? Vont-elles être incitées à démissionner afin d’être engagées par la société privée choisie ? Vont-elles être maintenues en poste, la société privée venant en renfort ? En définitive, plus ou moins de personnels à la clef? Malgré la circulaire reçue par le personnel, le flou reste entier. Réelle économie et amélioration du service ou simple délégation au privé pour éviter les problèmes ?
5 – Quel respect pour les personnes dont le travail se voit ainsi remis en question ? Quelles garanties pour les salaires, les conditions de travail ? Comment peuvent-elles réagir face à une telle annonce apprise en lisant le Nice-Matin du 16 novembre 2010? Comment vont-elles être impliquées? Vont-elles pouvoir engager une réelle concertation avec la municipalité ? Pourquoi Monsieur le Maire ne ferait-il pas confiance à une équipe à qui il a demandé de s’adapter très vite et qui a assuré la continuité du service ?
6 – Sur le long terme, à cause de la privatisation, quelle garantie avons-nous sur le maintien de la liaison chaude (préparation sur place) ? Si on suit la logique de monsieur le Maire, la liaison froide résoudrait tous les problèmes : des repas préparés industriellement à l’extérieur et servis à tous les établissements pendant et hors des périodes scolaires…
Réduction des coûts, moins de problème de personnels et recul assuré quant au qualitatif et au gustatif !
7 – Monsieur le Maire est le premier à se plaindre de la diminution de ses pouvoirs avec la réforme des collectivités territoriales. A quoi servirait un Maire qui n’aurait plus de services à gérer, ayant tout bradé au privé? N’est-il pas plus facile en cas de mécontentements de taper sur un service privé (comme il l’a fait pour l’UFCV remplacé par L’IFAC) que de bien gérer son personnel interne ? L’équipe en place a certainement des propositions à faire. Pourquoi ne pas en tenir compte, avant d’engager une éventuelle privatisation?
Nous vous invitons, Mesdames et Messieurs les conseillers municipaux, à bien réfléchir aux conséquences d’une privatisation de la cantine. Au delà du bradage de ce service, il s’agit bien d’ «externaliser» une partie des services communaux . Monsieur le Maire est souvent prompt à vilipender son personnel (rappelez- vous : la voirie a eu «son heure de gloire», il y a quelques conseils municipaux de cela). La gestion des personnels demande une volonté politique et de réelles compétences pour sauvegarder le patrimoine local et l’emploi. L’entretien des locaux des écoles est déjà en gestion externe, une partie du service de l’eau, la gestion des ordures ménagères, le service de la jeunesse. C’est une politique locale délibérée de privatisation à l’instar de ce qui se fait sur le plan national !
Vous avez le pouvoir de lancer un véritable débat pour éviter une décision irrévocable pendant plusieurs années. Vous avez le pouvoir de maintenir un service public de qualité pour tous sans faire appel à une entreprise, à ses actionnaires, à ses méthodes industrielles et à la mal-bouffe !